30.4.10

Pédophilie

Dans notre monde, il y a la méphédrone, il y a également le sexe, le rock'n roll, l'alcool et tout ce genre de petites réjouissances qui sont offertes au chenapan cosmique qui sommeille en chacun d'entre nous. Il y a, par ailleurs, toute une phalange de peine-à-jouir qui cassent les couilles à leur prochain, parmi lesquels un certain Dominic Lawson, dont Rue 89 reprend l'une des "tribunes" publiées à l'origine par le Independent.

Pour l'abruti en question, on peut mettre sur le même plan l'affaire Polanski avec une autre affaire, celle des prêtres qui se tapent les gamins du cathé, couverts depuis des siècles par la hiérarchie de l'Eglise catholique. Car, dans un cas comme dans l'autre, il y a "pédophilie", et la pédophilie c'est caca.

L'argumentaire (qui n'est rien qu'un recyclage de grands classiques de la rhétorique réactionnaire) consiste à dire que toute la sphère des intellectuels, artistes et assimilés reprochent davantage au Pape de couvrir des viols d'enfants qu'à Polanski de s'être tapé une gamine consentante dont il n'apprendrait qu'après qu'elle était mineure. C'est moins Polanski qui est ici visé que le fantasme d'une sphère élitiste, que l'on imagine volontiers tapant des rails de coke gros comme ma bite et partouzant à tout va, claquant milliard sur milliard et donnant des leçons au bas-peuple qui, lui, se réfugie dans le respect de l'Eglise qui lui est un repère essentiel.

Le bon vieux discours du peuple contre les élites, mécanique de base du discours fasciste, est une fois de plus à l'oeuvre, de manière visiblement tout à fait assumée, et de manière d'autant plus perverse que la notion d'"élite" est ici tout à fait contestable.

Car, ce qu'il faut rappeler à ce brave Dominic, c'est que Roman Polanski est assigné à résidence pour une affaire unique datant de plus de trente ans, tandis que Benito XVI, lui, est libre comme l'air et continue de professer ses discours périmés, alors que la mécanique qu'il a couverte dure depuis des lustres et est encore à l'oeuvre aujourd'hui.

Quelques petites mises au point s'imposent.

Roman Polanski n'a pas, comme le précise l'autre gogole, "abusé d'une enfant". Il a été présenté à cette fille par sa propre mère, elle lui a assuré qu'elle était majeure, les apparences penchant dans ce sens, et de surcroît elle était consentante.

Ici j'entends les vieux barbons relous geindre de nouveau "quand bien même elle aurait dix huit ans, ce serait un scandale, il en avait quarante", mais à ces pitres je ne répondrai pas, car seul l'aspect "judiciaire" m'intéresse, et j'estime les détracteurs du sexe intergénérationnel tellement détraqués que tout dialogue avec eux m'est une perte de temps.

De l'autre côté, nous avons l'affaire, d'envergure mondiale, des prêtres pédophiles. La plus grande prudence est de mise face à ces concepts assassins qui recouvrent nombre de réalités parfois très éloignées. De la simple initiation sexuelle - qui me semble tout à fait défendable - à l'abus net d'autorité lié à une condition d'autorité morale, et jusqu'au viol le plus radical, avec toutes les violences supposées, la "pédophilie" des prêtres peut avoir plusieurs visages. Peu m'importe de les mettre à jour dans la présente notule ; il est avéré que la hiérarchie catholique a couvert et couvre encore des actes odieux commis sur des gamins qui avaient déjà le triste désavantage d'être nés chrétiens.

Pour Dominic, une affaire privée et singulière revêt le même impact qu'un réseau d'étendue planétaire qui couvre de manière systématique les viols commis en son nom. Comme si la parole de Polanski avait le même poids que celle du pape dont un sixième de l'humanité boit la parole comme une rédemption de tous les instants.

Le seul fait de mettre en parallèle ces deux affaires devrait valoir au gratte-papier Dominic un séjour prolongé en hôpital psychiatrique, voire en clinique de soins intensifs. Mais non, il est publié, repris, loué, jusque chez les sociaux-démocrates de rue 89.

Désormais, je considérerai de manière systématique que quiconque professe des idées réactionnaires sur le plan des moeurs sera réputé de droite voire d'extrême droite. A ce titre, je n'écouterai son point de vue sur les choses et la vie qu'avec un sourire gêné, fait d'un scepticisme de bon ton. Je tiendrai pour des malades mentaux tous ceux pour qui la sexualité avec quelqu'un de jeune et consentant équivaut au viol de gamins soumis à l'autorité. Sur ces nouvelles bases doit se créer le nouveau clivage entre anciens et modernes, entre gens cool et gens ringards, entre libertaires et vieilles quiches néofascistes.

1 exégèses:

henrique.fares said...

I agree! Signed for it.